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Succession de Gianni Infantino à la FIFA : n’importe qui sauf le Canadien!

6 hours ago 1

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C’est écrit dans le ciel : quelque part entre maintenant et mars 2027, Gianni Infantino perdra son poste à la présidence de la FIFA. Et il franchira la porte de sortie à grands coups de pieds dans le derrière! Mais qui lui succédera au juste? Le fait que le Canadien Victor Montagliani soit considéré pour cette fonction est à la fois amusant et stupéfiant.

L’été qui s’achève s’est révélé particulièrement fertile en controverses à saveur politique et/ou financière dans le monde du sport. La plupart d’entre elles continueront d’ailleurs de faire la manchette au cours des prochains mois. Parmi ces histoires, les conséquences de l’immense trahison commise envers la communauté mondiale du foot par le président de la FIFA, Gianni Infantino, sera assurément la plus suivie sur la planète.

Au lendemain de la Coupe du monde, on a appris qu’Infantino avait secrètement orchestré un plan pour vendre 21 % des droits commerciaux de la FIFA (et donc de la Coupe du monde) au fonds d’investissement privé Thrive Capital. Ce fonds est dirigé par Joshua Kushner, le frère du gendre de Donald Trump. En vertu de cette fourberie, Thrive Capital serait ainsi devenue copropriétaire du soccer mondial pour la modique somme de 4,2 milliards de dollars.

Ce véritable coup d’État a été préparé à l’insu d’à peu près tout le monde à la FIFA. Quand le Times et le Financial Times de Londres ont publié cette ahurissante nouvelle, à la fin de juillet, Infantino a poussé l’audace jusqu’à poser un revolver sur la tempe des 211 associations nationales de la FIFA en précisant qu’elles avaient jusqu’au 19 septembre pour accepter son plan et bénéficier de l’influx de capital généré par Kushner.

On connaît la suite. Politiquement, Gianni Infantino est désormais un homme mort à la FIFA. À peine quelques heures après le début de cette controverse, l’UEFA, qui chapeaute les 55 associations de soccer européennes, a réagi en annonçant un boycottage des championnats présentés par la FIFA. L’UEFA lui a aussi retiré sa confiance.

La CONCACAF (qui réunit les 35 associations nationales de l’Amérique du Nord, de l’Amérique centrale et des Caraïbes) et l’AFC (les 46 associations nationales asiatiques) ont rapidement suivi le sillon tracé par l’UEFA. Mais clairement, le sort d’Infantino était réglé dès la seconde où l’Europe se retirait du portrait. Si les fédérations européennes refusent de participer, aussi bien dire qu’il n’y a plus de Coupes du monde et que le soccer international ne vaut plus grand-chose.

Infantino ayant fini par renoncer à son projet de privatisation, l’UEFA a récemment annoncé que ses équipes participeront aux compétitions internationales. Mais qu’on ne s’y trompe pas : Infantino est condamné et la trappe finira inévitablement par s’ouvrir sous les pieds du chambranlant président de la FIFA.


Voici donc l’organisation sportive la plus corrompue de la planète aux prises avec un autre scandale de corruption. Comme si de rien n’était, Infantino était prêt à laisser l’entreprise privée plonger sa paille dans les revenus de la FIFA, un organisme sans but lucratif. Plusieurs sources ont aussi indiqué que le Suisse en aurait tiré un salaire faramineux.

Les dirigeants de l’UEFA semblent (enfin!) en avoir ras le bol. Ils affirment que leur ambition ne se limite pas à simplement trouver quelqu’un pour remplacer Infantino à la présidence. Ils veulent que les règles de gouvernance de la FIFA soient réécrites pour éviter de placer trop de pouvoir entre les mains d’un seul individu et de sa garde rapprochée. Ils veulent aussi qu’un mur s’installe entre l’administration de la FIFA et ses élus.

Quand ils ont renié Infantino, les dirigeants de l’UEFA ont par ailleurs publié une déclaration qui comportait plusieurs passages fort intéressants.

Surviennent des moments où les institutions sont jugées non pas par ce qu’elles sont prêtes à accepter, mais plutôt par les principes auxquels elles refusent de renoncer. Nous vivons l’un de ces moments, pouvait-on lire.

Les intérêts des associations nationales, des ligues, des clubs, des joueurs et des partisans ne peuvent être subordonnés aux dividendes d’investisseurs. Le soccer ne peut hypothéquer son avenir en échange de gains financiers.

La position de l’Europe est claire. Nous ne légitimerons jamais ce modèle. Personne n'a l'autorité morale de vendre ce qu'il détient simplement en fiducie pour la génération suivante, ont-ils ajouté.

Bref, la position de l’UEFA est ferme. Et les valeurs sur lesquelles ses dirigeants se sont appuyés pour jeter Gianni Infantino par-dessus bord ont été clairement exprimées.

Gianni Infantino et Donald Trump.

Le président de la FIFA, Gianni Infantino.

Photo : Getty Images / Justin Setterfield

Sachant cela, il est plutôt étonnant de constater que le Canadien Victor Montagliani, maintenant président de la CONCACAF, soit considéré par la presse internationale comme un candidat valable pour prendre les commandes de la FIFA.

Ceux qui ont suivi de près l’actualité du soccer canadien au cours des dernières années peuvent en témoigner : toutes proportions gardées, ce que Montagliani a infligé à Canada Soccer était encore pire que le plan orchestré par Infantino.


Victor Montagliani a été vice-président de Canada Soccer de 2005 à 2012 et président de 2012 à 2016.

Peu après le départ de Montagliani vers la CONCACAF, Canada Soccer a cédé tous les droits (commerciaux et télé) des équipes nationales féminine et masculine, tous les droits du Championnat canadien (servant à se qualifier pour la Ligue des champions de la CONCACAF) et tous les droits des programmes de développement du soccer mineur au Canada.

Pieds et poings liés, ces droits ont été cédés pour presque 20 ans à une nouvelle entité portant le nom de Canadian Soccer Business (CSB) et appartenant aux propriétaires d’équipes de la Première ligue canadienne. En contrepartie de ce pactole, CSB s’engageait à verser des miettes à Canada Soccer, soit une redevance annuelle de 3 millions de dollars qui allait graduellement augmenter jusqu’à 4 M$ durant la durée de l’entente.

Ces droits ont été cédés alors qu’on savait que le Canada allait être l’un des pays hôtes de la Coupe du monde de 2026 et que les revenus commerciaux de Canada Soccer allaient exploser.

Dans des échanges de textos survenus avant que cette transaction soit annoncée, les dirigeants de CSB ont particulièrement encensé Montagliani pour avoir contribué à la concrétiser.

Des membres du conseil d’administration de Canada Soccer ont révélé qu’ils avaient immédiatement reconnu qu’il s’agissait d’une mauvaise entente pour la fédération canadienne et qu’ils n’avaient jamais été appelés à voter sur cette question.

Photo de profil d'un homme en complet.

Victor Montagliani

Photo : Getty Images / Elizabeth Ruiz Ruiz

Montagliani a donc fait exactement ce que l’UEFA dit détester : il a agi en coulisses et il a sacrifié les intérêts de Canada Soccer, ses ligues, ses clubs, ses joueurs et ses partisans pour donner une part importante des revenus de la fédération à une organisation opaque en échange de petite monnaie. Il a dilapidé ce qui lui avait été confié en fiducie.

Effectivement, cette entente a plongé le soccer canadien dans un retentissant chaos. Canada Soccer s’est soudainement retrouvée incapable de payer les joueurs et joueuses des équipes nationales. La fédération a même eu besoin de solliciter des dons des propriétaires des trois équipes canadiennes de la MLS pour payer le salaire de l’entraîneur de l’équipe nationale masculine, Jesse Marsch.

Au bout du compte, Victor Montagliani n’est clairement pas le type d’administrateur dont rêvent ceux qui souhaitent une réforme de la FIFA. Sans oublier que la CONCACAF est en plus reconnue comme la confédération la plus problématique de la FIFA. Ses quatre précédents présidents (Jack Warner, Lisle Austin, Alfredo Hawit et Jeffrey Webb) ont soit été arrêtés par la police, emprisonnés ou bannis par la FIFA.


Au printemps 2023, des sonneurs d’alerte ont remis un inquiétant rapport de 71 pages aux comités permanents du Patrimoine et de la Condition féminine de la Chambre des communes. Ce rapport dressait alors un portrait extrêmement sombre du soccer canadien.

On y soulignait que dans un portrait publié en 2014, Victor Montagliani avait identifié le secrétaire général de la FIFA, Jérôme Valcke, et le président de la CONCACAF, Jeffrey Webb, comme ses principaux modèles.

Montagliani avait même invité Webb à prononcer une conférence au Canada sur les meilleures mesures à adopter pour protéger le sport de la fraude, de la corruption et du crime organisé.

Cueilli par le FBI en 2015 lors des fameux raids de l’hôtel suisse Baur au Lac et des bureaux de la CONCACAF à Miami, Jérôme Valcke a été condamné par la justice suisse pour avoir accepté des pots-de-vin et falsifié des documents.

Quant à Webb, il a plaidé coupable à des accusations de complot en vue de commettre une extorsion organisée, de fraude électronique et de blanchiment d’argent. Il a dû remettre 6,7 millions de dollars précédemment reçus en pots-de-vin et il a été banni par la FIFA.

L’UEFA et les autres acteurs de la FIFA qui souhaitent remplacer Gianni Infantino ont jusqu’au 18 novembre pour proposer un candidat en vue des élections du 18 mars prochain. À moins qu’une quarantaine d’associations nationales réclament la tenue d’un congrès d’urgence pour se débarrasser de lui encore plus rapidement.

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